Bienvenue sur le site de 8 AVRIL.
A l’heure où j’écris ces mots nous sortons à peine d’un confinement qui a vu l’ensemble des théâtres se fermer et l’ensemble des compagnies interrompre leur activité.
Un temps perdu à ne rien faire. Il était difficile de penser, de lire, d’imaginer des projets sans savoir exactement quand nous allions nous retrouver. Parfois j’ai même pensé que cela n’arriverait plus jamais.
Pourtant, en ce moment, chacun de nous goûte de nouveau à ce qui fait notre essence : la liberté. Et chacun constate avec émotion que cette liberté se niche partout. Dans des gestes simples que nous avions oubliés : sortir dans sa rue, prendre un train, boire un café en terrasse, glander plus d’une heure et à plus d’un kilomètre de son domicile. Toutes ces choses qui nous étaient invisibles il y a encore deux mois nous apparaissent comme des conquêtes. Et de fait, elles le sont. Des femmes et des hommes ont un jour pensé, échangé, lutté ensemble pour que nous puissions librement nous promener, nous rencontrer, créer.
8 AVRIL va continuer ce chemin tracé par d’autres avant nous. Celui de la pensée, de l’échange et de la lutte pour nous promener, nous rencontrer et créer. Faire du théâtre. Cet art un peu désuet, qui s’adapte si mal aux nouvelles technologies. Qui n’a de sens que s’il y a de la peau, des yeux, de la folie et du charme.
Alors ce mimosa en fleur, qui nous accompagnera toute cette saison 20/21 c’est une envie forte de vous retrouver.
Nous avons tous et toutes mesuré à quel point nos relations sont fragiles et méritent d’être encore plus choyées qu’auparavant. Parfois, il faut bien l’avouer, le fait que vous veniez nous voir, que vous sortiez de chez vous pour aller au théâtre s’était banalisé. Cet étonnement, pris dans la rapidité de notre monde, s’estompait parfois. Ne plus jamais perdre l’enthousiasme de la rencontre ! J’aimerais que ce sombre moment nous ait au moins servi à cela.
Nous irons plus à votre rencontre avant et après les spectacles.
Nous interrogerons notre société sans ambages.
Nous jouerons pour être des contre-pouvoirs.
Plus que jamais nos spectacles iront à la rencontre de tous les publics, dans les théâtres et en-dehors sur le plus de territoires possible. Nous essayerons, comme toujours de beaucoup jouer mais mieux… 8 avril commencera à mettre en place un protocole effectif et concret pour diminuer notre emprunte polluante. Cela changera radicalement notre manière de travailler. Cette mutation prendra du temps mais sera inventive.
Je continuerai  aussi de me mobiliser pour que la démocratie brésilienne et le peuple brésilien retrouvent le souffle et la sève que les fascistes assèchent avec une violence inouïe.
Et, pour finir, je remets la citation de Deleuze qui était déjà dans le texte de présentation de l’année dernière… parce que je ne veux pas oublier ce qui me plaisait dans le monde d’avant.
A très bientôt. En vrai.
Thomas Quillardet

« La tristesse, les affects tristes sont tous ceux qui diminuent notre puissance d’agir. Les pouvoirs établis ont besoin de nos tristesses pour faire de nous des esclaves. Le tyran, le prêtre, les preneurs d’âmes, ont besoin de nous persuader que la vie est dure et lourde. Les pouvoirs ont moins besoin de nous réprimer que de nous angoisser, d’administrer et d’organiser nos petites terreurs intimes.  Les malades, de l’âme autant que du corps, ne nous lâcheront pas, vampires, tant qu’ils ne nous auront pas communiqué leur névrose et leur angoisse, leur castration bien-aimée, le ressentiment contre la vie, l’immonde contagion. Tout est affaire de sang. Ce n’est pas facile d’être un homme libre : fuir la peste, organiser les rencontres, augmenter la puissance d’agir, s’affecter de joie, multiplier les affects qui expriment un maximum d’affirmation. Faire du corps une puissance qui ne se réduit pas à l’organisme, faire de la pensée une puissance qui ne se réduit pas à la conscience. » Gilles Deleuze

illustration Clément Vuillier